Mondialisme

Olivier Boiral, sur la Commission Trilatérale

« Dirigeants des multinationales, gouvernants des pays riches et partisans du libéralisme économique ont vite compris qu’ils devaient se concerter s’ils voulaient imposer leur vision du monde. […] La création de cette organisation opaque, où se côtoient à huis clos et à l’abri de toute compromission médiatique des dirigeants de multinationales, des banquiers, des hommes politiques, des experts de la politique internationale, ou encore des universitaires, coïncide à ce moment avec une période d’incertitude et de turbulence dans la politique mondiale. […] À l’image des rois philosophes de la cité platonicienne contemplant le monde des idées pour insuffler leur sagesse transcendante dans la gestion des affaires terrestres, l’élite rassemblée au sein de cette institution fort peu démocratique ­— et que la démocratie inquiète dès lors que des groupes autrefois silencieux s’en mêlent — va s’employer à définir les critères d’une « bonne gouvernance » internationale. Elle véhicule un idéal platonicien d’ordre et de supervision, assuré par une classe privilégiée de technocrates qui place son expertise et son expérience au-dessus des revendications profanes des simples citoyens. […] Ces interventions s’articulent autour de quelques idées fondatrices qui ont été largement relayées par le politique. La première est la nécessité d’un « nouvel ordre international ». Le cadre national serait trop étroit pour traiter des grands enjeux mondiaux dont la « complexité » et l’« interdépendance » sont sans cesse réaffirmées. Une telle analyse justifie et légitime les activités de la Commission, à la fois observatoire privilégié et contremaître de cette nouvelle architecture internationale. Les attentats du 11 septembre 2001 ont fourni une nouvelle occasion de rappeler, lors de la rencontre de Washington en avril 2002, la nécessité d’un « ordre international » et d’« une réponse globale » auxquels les principaux dirigeants de la planète sont enjoints de collaborer sous la houlette américaine. […] L’hégémonie des démocraties libérales conforte la foi dans les vertus de la mondialisation et de la libéralisation des économies qui s’exprime dans le discours de la trilatérale. La mondialisation financière et le développement des échanges internationaux seraient au service du progrès et de l’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre. Or elles supposent la remise en cause des souverainetés nationales et la suppression des mesures protectionnistes. Ce credo néolibéral est souvent au centre des débats. »

– Olivier Boiral, « Pouvoirs opaques de la Trilatérale », Le Monde diplomatique, http://www.monde-diplomatique.fr/2003/11/BOIRAL/10677, Novembre 2003, consulté le 24 février 2017.

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Journalisme & médias

C’est aux médias de « contrôler ce que les gens pensent » : le lapsus de Mika Brzezinski

« Les complotistes peuvent se réjouir : une présentatrice américaine a levé pour eux une partie du rideau. Que ce soit par ingénuité, ou en raison de l’entre-soi du plateau de télévision lui faisant, Mika Brzezinski, paraissant oublier les spectateurs de l’autre côté de la caméra laisse échapper. «Il [Donald Trump] essaie de dénigrer les médias et il essaie de créer ses propres faits», s’indigne-t-elle dans une discussion animée entre journalistes tous d’accord avec elle. Il pourrait brouiller l’information fournie par les médias, déplore-t-elle, «au point qu’il pourrait contrôler exactement ce que les gens pensent». Et d’ajouter : «Et ça, c’est notre travail». La démonstration de Mika Brzezinski,indiquerait que ce qui gêne les médias mainstream, ce ne serait pas la «post-vérité», «fake news» et autres «faits alternatifs», mais bien le fait que les médias classiques perdent le monopole de la fabrique de l’opinion publique. »

– « C’est aux médias de «contrôler ce que les gens pensent» : le lapsus d’une journaliste de NBC (VIDEO) », Russia Today en français, https://francais.rt.com/international/34404–medias-controler-gens-trump-msnbc, 23 février 2017, consulté le 23 février 2017.

Mika Brzezinski est la fille de Zbigniew Brzezinski, co-fondateur de la Commission Trilatérale avec David Rockefeller, conseiller de plusieurs présidents américains – dont Barack Obama – et auteur du livre Le grand échiquier.

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New Age

Philippe Guillemant, sur les extraterrestres et la nécessité de changer nos états de conscience

Un colloque consacré aux phénomènes paranormaux (OVNIs, expériences de mort imminente, chamanisme, clairvoyance, etc.) et réunissant des scientifiques et chercheurs de l’Institut de recherche des expériences extraordinaires (INREES) était organisé les 11 et 12 février 2017 à Laon, en France. Parmi les conférenciers, on retrouvait le physicien Philippe Guillemant, qui parla de la « rétroingénierie des phénomènes extraordinaires ». À la fin de sa conférence, durant laquelle il aborda le lien entre la conscience et le phénomène OVNI, le physicien expliqua que les « extraterrestres » – un terme qu’il rejette par ailleurs – s’intéressaient à nous car nous faisions trop de « bêtises » sur Terre. Ceux-ci veilleraient donc sur l’humanité comme des parents veilleraient sur leur bébé. S’il restait assez évasif quant à la nature réelle de ces « extraterrestres », Philippe Guillemant semblait persuadé de la nécessite de changer nos pensées et nos états de conscience, afin de transformer notre réalité et créer un monde – un nouveau paradigme – plus spirituel et humain. On retrouve ici des idées propres à l’idéologie New Age

« Nos visiteurs font probablement partie de notre famille d’êtres. Il faut arrêter de parler d’extraterrestres. Ils s’intéressent à nous d’une manière telle qu’on a plutôt l’impression que ce sont des parents et qu’on est des bébés. […] Ils s’intéressent à nous parce que bébé fait des bêtises dans son parc. Normalement, ce sont des parents qui font ça. Leur origine la plus probable est notre futur, mais on ne peut pas exclure des origines d’autres planètes. […] La plus grande leçon que l’humanité doit assimiler, c’est que nos pensées et nos états de conscience créent notre réalité, malgré l’apparence du contraire pour le commun des mortels. La compréhension de cette leçon est fondamentale pour sortir l’homme de sa caverne et lui faire retrouver des qualités morales et spirituelles humaines normales (amour, compassion, don de soi, etc.). »

– Philippe Guillemant, « Rétroingénierie des phénomènes extraordinaires », Colloque des réalités invisible, Laon, 11 février 2017.

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Dossiers X (18+)

Affaire Dutroux : quelques hypothèses évoquées dans Les cahiers d’un commissaire (1997)

« Dès qu’il s’est plongé dans le dossier, Patrick Moriaux a couché sur papier quantité d’hypothèses susceptibles d’expliquer l’échec de l’enquête : dysfonctionnements, incompétences, protections (petites ou… grandes), système dépassé, déresponsabilisation. Toujours, il convenait d’avoir à l’esprit ces différentes possibilités. […] Et inévitablement, on en arrive à une telle accumulation de bévues, de « bêtises » et d’incompétences répétées que surgit la question… de savoir si on a réellement voulu aller au bout des enquêtes. Car devant ce flot d’erreurs si flagrantes, on a du mal à croire à l’unique thèse de l’incompétence et des dysfonctionnements du système. Autrement dit, au-delà des dérapages constatés, se trouve-t-on réellement en présence de gens incompétents ou plutôt… de protecteurs et de protections ? La question trotte dans la tête depuis des mois. Et à l’heure actuelle, on n’en connaît toujours pas la réponse. On en revient donc sans cesse au stade des rumeurs, des bruits de couloirs, des supputations… Même si certains faits constatés s’avèrent pour le moins troublant ! […] Nihoul. Le nom est lâché. Au sein de la Commission Dutroux-Nihoul, cela a été très peu le cas. Curieusement. Car le nom de Nihoul est cité un peu partout dans les zones « chaudes » du dossier et des enquêtes. […] Pourtant, la Commission ne peut, ne sait aller plus en profondeur. Car les informations font défaut. […] Enfin, toujours est-il que la relation Dutroux-Nihoul est avérée. […] Dutroux se sentait peut-être protégé par les « relations » de Nihoul. Car Nihoul aimait à clamer qu’il connaissait du monde. Lorsqu’il a été arrêté, telle fut d’ailleurs l’une des premières informations à son sujet. De Nihoul, tout de suite, il est fait état de ses « relations ». Et des tas de noms ont circulé ici ou là. […] Bref, Nihoul s’est-il vanté à Dutroux de ses « relations » en haut lieu, imaginées ou avérées ? Et Dutroux en a-t-il tiré la conclusion de son impunité ? Possible. Mais si tout cela n’était que sentiment, mythomanie, et interprétation, pourquoi Dutroux n’a-t-il pas été arrêté ? Autrement dit, s’il n’y a pas de réelles protections, pourquoi a-t-on laissé pendant si longtemps Dutroux en liberté alors que tout les éléments étaient réunis pour le coffrer ? Par conséquent l’explication de la mythomanie de Nihoul (thèse de ses avocats) ne suffit pas. Et une nouvelle hypothèse peut être couchée sur papier : Nihoul aurait réellement connu des gens influents. Notamment dans les années 80, quand il se retrouve au centre de partouzes et organise des ballets roses pour du « beau linge ». Le juge Connerotte a cité quelques noms devant la Commission. Certes, ces partouzes constituent apparemment de l’histoire ancienne et ne sont d’ailleurs pas un délit. Mais elles reviennent également dans le dossier des tueries du Brabant wallon. Les agissements de Nihoul, eux, appartiennent-ils au passé ? […] Bref, certains personnages, qui n’ont sans doute – ou peut-être ! – rien à voir avec la pédophilie mais qui ont connu Nihoul lors des frasques des années 80, pourraient très bien avoir fait jouer certaines de leurs relations pour éviter de se trouver cités dans l’affaire Dutroux. C’est une hypothèse, une de plus. Et une hypothèse qui explique en tout cas pourquoi on n’a pas arrêté Dutroux. Car si on met la main sur Dutroux, on met le grapin sur Nihoul. Et si on fouille dans la vie de ce dernier, on aboutit aux participants de partouzes. Ce que ces personnages, apparemment respectables, ne souhaitent évidemment en aucun cas. On ne peut arrêter Dutroux sous peine de devoir arrêter Nihoul ! Directement ou indirectement, ils bénéficiaient donc de gros protecteurs, qui plus est si ceux-ci font partie de réseaux pédophiles. […] Dutroux mais aussi Nihoul pourraient se retrouver au centre d’un trafic et d’un réseau de pédophilie. Vers la Slovaquie ? Peut-être ! À destination de riches clients belges ? Qui sait ! N’en a-t-il pas parlé lui-même à ceux qui deviendront les informateurs du gendarme Pettens. Dutroux en tout cas pourrait être le prédateur chargé de capturer de malheureuses proies selon les commandes précises de ses clients. […] Quant à Nihoul, il pourrait très bien être le « livreur », celui qui conduit les filles vers les riches clients. Hypothèse… Hypothèse… […] Le procureur Bourlet arrivera-t-il à la vérité ? Pour certains, il a peu de chance d’y parvenir. Car nouvelle hypothèse. Celle de la « méga-protection » cette fois. On se trouverait en présence de réseaux à multiples branches aboutissant jusqu’au cœur et au sommet même de l’État. À savoir ? L’entourage du palais royal ? Certains le susurrent à demi-mot tout en mesurant la gravité de leurs propos. Mais ils n’en apportent évidemment pas la moindre preuve, pas le moindre élément tangible. Leur version doit-elle pour autant être balayés dédaigneusement d’un revers de la main ? Ils répètent en tout cas avec force que seuls des personnages « très » haut placés justifieraient un tel déploiement de forces pour protéger Dutroux ou Nihoul, à supposer qu’ils aient été rabatteurs pour de telles personnes. Cela expliquerait aussi la mise sous cloche de Bourlet. Bref, on aurait dressé un cordon sanitaire afin – toujours la théorie des dominos – de ne pas compromettre le cœur même de l’État. Un « cœur » peut-être pas coupable de faits répréhensibles. Mais un « cœur » risquant de se trouver en fâcheuse posture si son linge venait à être déballé en public. Hypothèses… Hypothèses… Hypothèses… entendues dans les milieux de l’enquête. Fumeuses ou non, toutes se tiennent. »

– Serge Kalisz & Patrick Moriau, Les cahiers d’un commissaire : les coulisses de la Commission Dutroux, Éditions Luc Pire, 1997, pp.  301-311.

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– Quelques associés de Michel Nihoul, qui auraient pu protéger ce dernier selon Joël van der Reijden. Notons que les noms de Michel Vander Elst et de Paul Vanden Boeynants se trouvent également dans le dossier Atlas !

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Psychologie

Quand la pseudo-science New Age justifie et valorise les troubles psychotiques

« Internet était devenu désuet depuis que je pouvais écouter les messages de l’Univers à la radio, à la télévision ou dans le bruissement d’un arbre, dans une brise, le bruit d’une tondeuse à gazon ou, le plus souvent, dans un livre que j’ouvrais au hasard pour saisir le message du moment. […] Je regardais les nuages, les passants, les oiseaux, et je lisais dans ces signes ce que l’Univers voulait m’enseigner » [1], raconte Renée Charron, qui fut frappée par plusieurs psychoses. Durant ses crises, elle avait réellement l’impression que l’Univers lui envoyait de nombreux messages. Elle essayait alors d’en trouver le sens.

Dans un essai prétendument scientifique consacré aux synchronicités, l’astrophysicien et docteur en physique stellaire italien Massimo Teodorani, qui travaille à l’observatoire de Bologne et mène des recherches dans le cadre du projet SETI, relate le même genre d’expériences que celles racontées par Renée Charron. Lui aussi déclare recevoir des messages via la télévision, ou voir des signes dans la nature. Mais contrairement à Charron, qui désormais considère cela comme un délire d’interprétation lié à ses crises psychotiques, Massimo Teodorani, lui, prend ces phénomènes très au sérieux et tente de les justifier par des théories présentées comme scientifiques. Ainsi, les messages reçus par la télévision ou les animaux dans la nature ne sont pas le résultat d’une interprétation délirante, mais le produits de synchronicités, c’est-à-dire de « connexions acausales entre états psychiques et événements objectifs ». [2]

Voici ce qu’écrit l’astrophysicien dans son ouvrage : « Tout commença quand j’étais en train de regarder la télévision. […] À l’instant précis où ces pensées affluaient, je recevais une réponse synchrone par la croix de la télévision ! Par exemple, alors que je me demandais ce que pensait de moi l’un de mes collègues, une actrice répondit en disant à une amie dans le téléfilm « il te déteste ». […] Les phénomènes de synchronicité à cette époque n’avaient pas seulement à voir avec la télé, mais aussi les images du monde extérieur, en particulier naturel. Par exemple, un jour, tandis que j’étais en train de conduire ma voiture (un peu avant le coucher du soleil), je me posais la question du choix moral entre le bien et le mal. À cet instant précis, je vis un faucon blanc perché sur les fils du téléphone avec,  à sa droite, la lune qui se levait et, à sa gauche, le soleil qui se couchait. Une image très belle qui me donna tout de suite la réponse : l’univers est une harmonie de contraires qui ne peuvent exister l’un sans l’autre, par conséquence faire un choix manichéen signifie seulement perdre l’occasion de connaître une loi spirituelle. […] Je pourrais continuer à l’infini à raconter des phénomènes de synchronicité où ce furent très souvent (outre la télé) des animaux à donner la réponse à mes pensées, très souvent des renards, des blaireaux ou des faons qui apparaissaient soudain et de façon synchrone pour répondre à mes questions par la symbolique qu’ils véhiculaient. » [3]

« Les signes issus de la synchronicité sont perçus comme des poèmes vivants de la vie et l’on affirme qu’il faut s’exercer à être attentif à l’instant qui passe, pour ne pas les manquer », écrit Renée Charron dans son livre. Elle continue : « Ma psychiatre me déclara un jour : « Les personnes saines voient ds signes de temps en temps, alors que les personnes délirantes en voient plusieurs par jour. C’est ça, la différence. » Oui, mais… À partir de combien de signes par jour cela devient-il pathologique ? Un livre qui s’est vendu par millions de copies parle beaucoup de signes et du fait que la multiplication de ceux-ci dans notre vie signifie que l’on se rapproche du dénouement de notre histoire collective, de notre aventure humaine. Alors, si un seul signe est réel, ne le sont-ils pas tous ? » [4]

Voir un signe de temps en temps ne pose pas de problème. Des coïncidences peuvent se produire. Et nous pouvons exprimer notre part d’irrationnel de temps à autre. Mais voir des signes partout est clairement pathologique. Or, les personnes publiant des ouvrages sur les synchronicités, ou faisant la promotion de cette théorie sur le net, poussent souvent les gens à voir des signes partout, même dans les faits les plus banals. Cela peut faire basculer les personnes les plus fragiles dans un délire sans fin… Prudence, donc !

Le livre de Massimo Teodorani sur la synchronicité est vendu par la boutique en ligne de l’INREES, dans la catégorie « Sciences ».


[1] Renée Charron, Un jour, j’ai porté le monde : Ma traversée de la schizophrénie, Quebec Amerique, 2016.

[2] Massimo Teodorani, Synchronicité : Le rapport entre physique et psyché de Pauli et Jung à Chopra, Macro Éditions, 2010, p. 142.

[3] Massimo Teodorani, Synchronicité : Le rapport entre physique et psyché de Pauli et Jung à Chopra, Macro Éditions, 2010, pp. 146-147.

[4] Renée Charron, Un jour, j’ai porté le monde : Ma traversée de la schizophrénie, Quebec Amerique, 2016.

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Psychologie

Sur le danger de l’ésotérisme pour la santé mentale des personnes fragiles

Renée Charron, qui fut frappée par plusieurs psychoses, évoque le sujet de l’ésotérisme dans sa biographie. Elle explique qu’un tel sujet peut facilement alimenter un esprit délirant, et représente donc un danger, non seulement pour les schizophrènes, mais aussi pour les personnes ayant des fragilités.  Or, je constate que beaucoup de gens sont fragilisés dans notre « modernité liquide », où disparaissent jour après jour les repères collectifs au profit d’un individualisme total. Ceci explique pourquoi de plus en plus de personnes cherchent le salut dans les spiritualités alternatives New Age, s’imaginant parfois Indigo ou Starseed et croyant à l’arrivée prochaine d’un nouvel âge d’or… Elles sont réconfortées et rassurées par ce délire, qui peut malheureusement les faire plonger dans l’irrationnel et les couper du réel. Malheureusement, c’est de plus en plus fréquent. Préservez donc votre santé mentale en rejetant toutes ces théories en bloc !

« Les livres ésotériques sont, je le crois, du poison vif pour les schizophrènes. Il suffit d’en lire un au hasard pour constater à quel point les scénarios décrits peuvent alimenter un esprit délirant : histoires d’extraterrestres qui viendront, en vaisseau spatial, chercher les « élus » aux derniers temps, implants qui sont introduits sous la peau de certains « choisis » pour leur offrir des dons sensoriels, manuels du « comment ascensionner » en étapes, instructions pour réaliser les voyages astraux, pour se libérer de forces sombres, pour faire de la magie blanche, pour se nourrir de prana, pour entendre les anges et voir notre Soi Supérieur, pour être attentif aux signes… la liste est longue. […] Pour une personne saine, je suppose que ces livres sont sans danger. Mais pour une personne qui a des fragilités pouvant la mener à la psychose, c’est à mon avis complètement contre-indiqué. »

– Renée Charron, Un jour, j’ai porté le monde : Ma traversée de la schizophrénie, Quebec Amerique, 2016.

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Terrorisme

Les services secrets israéliens ont-ils joué un rôle dans les tueries du Brabant ?

Dans son livre The Other Side of Deception, l’ancien agent du Mossad Victor Ostrovsky expliquait que les services secrets israéliens avaient participé aux tueries du Brabant, l’une des plus grandes affaires criminelles de l’histoire de Belgique. Une affaire non élucidée à ce jour, malgré trente années d’enquête… D’après Ostrovsky, certains officiers du Mossad avaient collaboré avec la Sûreté de l’État belge pour manipuler les néo-nazis du WNP, une milice privée qui comptait quelques gendarmes dans ses rangs, et les pousser à commettre des attaques dans des supermarchés. Quel était le but de ces attentats ? Selon l’ancien agent du Mossad, il fallait terroriser la population et déstabiliser le gouvernement, qui était influencé par la gauche – nous étions encore en pleine guerre froide -, afin de renforcer la droite et les services de sécurité. Ce qui fut bel et bien le cas finalement, comme l’écrivait René Haquin, un journaliste du quotidien Le Soir ayant suivi cette affaire : « À quoi ont servi ces crimes ? Force est de constater qu’ils ont poussé les décideurs politiques à renforcer considérablement les services de police, principalement la gendarmerie, à augmenter les moyens de répression mais aussi à faire émerger des techniques d’enquête neuves telles que l’analyse génétique, l’analyse criminelle, le recours aux témoignages sous hypnose, au détecteur de mensonges (le polygraphe) ou aux recherches des « profileurs », ces analystes du comportement des auteurs sur la base des faits, des témoignages et des éléments du dossier que les enquêtes antérieures n’ont pas pu établir. » [1] Selon Ostrovsky, trois terroristes impliqués dans les tueries quittèrent la Belgique après leurs crimes pour s’installer en Israël, où ils reçurent une nouvelle identité…

Le récit d’Ostrovsky est-il plausible ? Tout ce qu’on peut dire avec certitude à ce jour, c’est qu’un agent de la Sûreté de l’État, connu sous le pseudonyme « Canard », donna des cours aux néo-nazis du WNP sans en avertir sa hiérarchie. Il fut découvert par un autre agent de la même Sûreté, qui avait réussi à s’infiltrer au sein de la milice afin d’espionner ses membres. Contre toute attente, l’agent de la Sûreté qui donnait les cours ne fut pas sanctionné. Au contraire, il fut protégé par Jean Gol (Golstein) du PRL  – le parti de droite belge devenu aujourd’hui le MR – qui était alors ministre de la Justice, vice-premier ministre et ardent défenseur de la cause sioniste et de l’OTAN. Le « Canard » fut même promu par ce dernier au poste de responsable national de la Sûreté de l’État pour la sécurité des personnalités du gouvernement et d’autres VIP en Belgique… Jean Gol et d’autres membres du PRL faisaient alors partie de l’Institut Européen pour la Paix et la Sécurité (IEPS), une organisation qui militait en faveur d’un réarmement de l’Europe occidentale pour faire face à l’agressivité communiste. [2] Enfin, le très controversé Michel Nihoul, qui fut proche de Gol et du PRL dans les années 80, déclara lors d’un entretien enregistré par une caméra cachée que plusieurs ministres du PRL étaient derrière les tueries du Brabant. [3] Selon plusieurs témoignages, le fondateur du WNP, Paul Latinus, qui était proche du « Canard », rencontra le président du PRL. Le nom de ce président apparaissait d’ailleurs dans un schéma réalisé par Michel Libert, ancien membre du WNP lui aussi. « On était à la solde, sans le savoir, de gens en politique et en finance installés aux plus hauts degrés », déclara Libert lors d’un débat diffusé par la RTBF (Radio Télévision Belge Francophone) en 1992. Dans un documentaire diffusé par la BBC, il avoua qu’on lui avait donné l’ordre de fournir des renseignements précis sur certains supermarchés, des supermarchés qui furent ensuite attaqués par les tueurs du Brabant… Des membres de la droite belge ont-ils participé à l’organisation de ces tueries avec l’aide d’agents du Mossad, de la Sûreté de l’État ou encore de l’OTAN ? Existait-il en Belgique une structure active et clandestine imbriquée dans les organes même de l’État, pour lutter contre la menace soviétique, comme ce fut le cas en Italie ? À ce jour, le mystère reste entier !

« Another reason for the operation was more sinister, and I learned about it much later. Itsik Efrat, head of the Israel desk, handled that part. It involved a veteran case officer named Barda, who in 1984 had tracked down and contacted a band of Belgian renegade lawmen who were originally formed by NATO (North Atlantic  Treaty Organization) as an anti-Communist body to be activated in case of a Communist  invasion. This plan,  which  was called Operation Gladiator, was never put into action, but  NATO neglected to dismantle  the special cells it had created, and so the Mossad stepped in to make use of one of them. The dormant cell was  activated with  the consent of the Belgian state secret service and the Mossad’s antiterrorist advisory section. Barda made it clear to the Belgians that to create a public outcry for  a  strengthening of the security services, extreme  measures were needed-that  is, terrorist atrocities that could be blamed on the Communists. « Hesitation should he  left to environmentalists and bleeding-heart democrats, » he told them. In addition to the NATO cell of right-wing lawmen, the Belgian secret service could draw from a deep well of right-wing fanatics-including a fascist party called Westland New Post (WNP), or so it was reported by sources within the Mossad. Under the auspices of the Belgian secret service, this new combined  right-wing element, which included  several active  policemen, carried out a series of robberies with extreme violence, eventually earning the nickname  « the Mnrderers of Brabant. » In September and November 1985, they hit several supermarkets and carried out the political assassination of a Belgian minister. They also engaged  in several truck hiiackings that were later attributed to crooks who were « killed in the chase. » The attacks were not financially motivated. Their purpose  was terror and the  destabi- lization  of  the Belgian government,  which was leaning left. Three members of the group had to leave the country in 1985. They escaped to Israel and  were given new identities by the Mossad, as part of the initial agreement made with the Belgian extreme right wing. » [4]

Voici le schéma de Michel Libert du WNP, où l’on retrouve, entre autres, les noms de certaines personnalités politiques et ceux d’agents de la Sûreté de l’État (ne prêtez pas attention aux cadres rouges !) :

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[1] René Haquin, Les grands dossiers criminels de Belgique, Éditions Racine, 2005, p. 225.

[2] André Van Bosbeke, L’Opus Dei en Belgique, EPO, Anvers, 1986, pp. 16-17.

[3] Douglas De Coninck, « De getuigenis aan Canal+ », De Morgen, 10 décembre 2002.

[4] Victor Ostrovsky, The other side of deception : a rogue agent exposes the Mossad’s secret agenda, HarperCollins, 1994,  pp. 4-5.

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